En 2025, a été fondée à Rochefort-en-Terre, dans le Morbihan, une association des Amis du sanctuaire de Notre-Dame de la Tronchaye qui souhaite « œuvrer pour la conservation, la restauration et l’embellissement du sanctuaire Notre-Dame de la Tronchaye », buts proches de ceux de notre propre association.
Et comme Stalles de Picardie, cette association cherche à mieux connaître le patrimoine de l’église dont elle s’occupe ! C’est dans ce but qu’elle a organisé, les 6 et 7 octobre, un colloque ouvert à tout public, au cours duquel universitaires et spécialistes de l’architecture et du mobilier religieux ont pu débattre des spécificités de cet édifice.
Ce colloque s’est tenu dans la salle des Grées de Pluherlin (commune voisine de Rochefort-en-Terre), magnifique salle offrant les meilleures conditions d’accueil pour ce genre de manifestations ! La vie associative est très riche dans cette région : pas moins de 30 associations sont actives dans la commune qui compte environ 1 500 habitants !
Cela nous a permis de déployer les panneaux de l’exposition Le Langage des stalles de chaque côté de la salle, où le public (environ 80 personnes) a pu les découvrir et les apprécier tout au long du colloque (fig. 1)

Les neuf communications présentées se sont intéressées à l’histoire, à l’architecture de l’église, et à ses particularités : la présence de pots acoustiques à différents emplacements de l’édifice (fig. 2), l’existence d’un jubé en bois, déplacé et remplacé quelques années plus tard par un monumental retable en pierre (à son tour déplacé dans le fond du chœur pour permettre l’accès à ce dernier), et la statue de Notre-Dame de la Tronchaye, qui trône toujours dans l’église (fig. 3).

Les stalles, quant à elles, ont faits l’objet de trois communications : Frédéric Billiet, professeur de musicologie à Sorbonne Université et président d’Iconostalla-Misericordia international, a tout d’abord rappelé l’importance de ce mobilier dans la vie des chanoines qui s’y réunissaient quotidiennement pour la psalmodie, sorte de récitation chantée des Psaumes, en chœurs alternés (d’où la disposition des stalles) ; Michel Morice, organisateur du colloque, a ensuite présenté les stalles de Notre-Dame de la Tronchaye, grâce à de nombreuses photos, puis Kristiane Lemé-Hébuterne a tenté de mettre en évidence quelques-unes des nombreuses questions posées par cet ensemble de stalles très original : sa date, la présence d’inscriptions citant les noms du doyen, du chantre et de quelques autres chanoines, la place occupée par ces derniers…
La première journée s’est terminée dans l’église Notre-Dame de la Tronchaye où l’ensemble Gaudete, dirigé par Hélène Derieux, a puisé dans le répertoire des chants sacrés grégoriens liés à la Vierge Marie (certains interprétés en Breton faisant partie du catalogue musical de Notre-Dame de la Tronchaye) et a mis en valeur l’acoustique des différentes parties de l’église, en se déplaçant tout en chantant (fig. 4).

La deuxième journée a été plus courte mais tout aussi intéressante que la première. Il a tout d’abord été question de l’aide que peut apporter la Fondation du Patrimoine pour la sauvegarde du patrimoine. L’assemblée est ensuite allée visiter la chapelle Notre-Dame-de-la-Barre qui montre un bel ensemble de pots acoustiques (fig. 5), puis l’église Notre-Dame de la Tronchaye (fig. 6) où les trous des pots acoustiques se voient au-dessus des dossiers des stalles (fig. 7).



L’après-midi a permis de tirer les conclusions de ces deux journées, et surtout d’envisager les futurs axes de recherche qui permettront de poursuivre cet important travail.
Il faut remercier chaleureusement les Amis de Notre-Dame de la Tronchaye qui ont su organiser ce colloque sans aucune fausse note ! Les spécialistes et les non-spécialistes ont pu échanger tout à loisir, dans une ambiance conviviale très agréable, donnant tout son sens au mot « colloque », formé à partir des mots latins « cum », avec, et « loqui », parler…
A la fin du colloque, l’exposition Le Langage des stalles a été transportée dans la nef et les bas-côtés de l’église Notre-Dame-de-la-Tronchaye où elle va séjourner quelques semaines avant d’être présentée dans d’autres lieux du département (fig. 8).

Les stalles de Notre-Dame-de-la-Tronchaye à Rochefort-en-Terre
L’église Notre-Dame-de-la-Tronchaye a été dotée d’un chapitre de chanoines par Claude de Rieux, en 1527. Les archives concernant la fondation de la collégiale ne donnent pas d’information sur la pose éventuelle de stalles… Actuellement, le chœur abrite bien un ensemble de 26 stalles, disposées en stalles basses et hautes de chaque côté du chœur (fig. 1 et 2), mais il est difficile d’affirmer s’il s’agit de l’ensemble d’origine ou non : une inscription sur les accotoirs des stalles basses donne les noms de quelques chanoines et leur fonction (doyen, chantre…fig. 3) et la date 1592.


Par certains aspects, ce mobilier semble médiéval : les différents éléments sont taillés dans la masse, sans assemblage pour les accotoirs ni pour les miséricordes et abattants ; mais les accotoirs et les sellettes sont ornés de belles gravures, ce qui ne se voit pas dans les stalles médiévales (fig. 4). Par ailleurs, le style du décor est tout à fait Renaissance. Il est possible qu’un ensemble construit au début du xvie siècle ait été modifié au fil des siècles, et ait subi les vicissitudes liées aux événements historiques et religieux, notamment pendant les guerres de religion.

Des changements importants ont été apportés à l’accès au chœur, séparé de la nef par une tribune gothique flamboyante (dont une partie est maintenant accrochée au mur occidental de l’église), qui, curieusement, a été remplacée par un monumental retable de pierre au début du xviie siècle destiné à bien isoler le chœur des chanoines de la nef des paroissiens. On peut se demander si ce n’est pas à ce moment-là que les chanoines, pour asseoir leur autorité, auraient fait graver leurs noms sur les accotoirs. Il fallut attendre le début du xxe siècle pour voir le chœur s’ouvrir sur la nef, avec le retournement de l’ensemble de stalles : les stalles sud se retrouvent donc au nord et vice-versa, et les stalles occidentales, qui faisaient face à l’autel majeur, regardent vers la nef.
Les stalles ne possèdent plus de jouées à proprement parler, les rangées sont terminées par des parcloses surmontées d’une sculpture Renaissance. Les appuis-main sont de simples volutes, mais le haut des parcloses montre des têtes d’animaux (fig. 5) alors que sur les parcloses terminales sont sculptés de petits visages assez frustes (fig. 6).

Les miséricordes sont formées de visages masculins (fig. 7), soigneusement décrits, et de décors végétaux Renaissance (fig. 8). Les visages peuvent être considérés comme des portraits : la présence d’inscriptions donnant les noms des chanoines suggère que les sièges concernés étaient destinés précisément à ces chanoines. Cela soulève une question, car les dignitaires prenaient place dans les stalles hautes et non basses…

L’ensemble, classé au titre des monuments historiques le 30 novembre 1908, n’est pas en mauvais état, mais gagnerait à bénéficier d’une restauration qui permettrait de le mettre en valeur. Souhaitons que l’association des Amis du sanctuaire de Notre-Dame-de-la-Tronchaye puisse poursuivre le travail qu’elle a entrepris et le mener à bien !