Colloque et journée d’études des 21 et 22 mai 2021 – 500 ans des stalles de la cathédrale d’Amiens

Ce colloque et la journée d’études sur les sièges qui l’a précédé ont permis la rencontre de chercheurs de diverses disciplines, littéraires, historiens, historiens de l’art, musiciens et musicologues, archéologues, qui se sont intéressés aux stalles et, en particulier, à celles de la cathédrale Notre-Dame d’Amiens, posées dans le chœur il y a cinq cents ans. C’est l’emplacement qu’elles occupent encore actuellement, sans avoir subi de grande modification depuis 1521.

La journée d’études a été consacrée aux sièges en général, qui, depuis l’Antiquité, ont permis aux grands de ce monde d’affirmer d’une façon visible leur autorité. Notons la communication de Florence Piat sur les stalles du duché de Bourgogne, pour lesquelles quelques contrats ont été conservés, qui permettent de mieux connaître les artisans et le déroulement des travaux.

La journée d’études s’est terminée par une conférence en duo, présentée par François Séguin et Kristiane Lemé-Hébuterne : cette dernière a raconté comment en 2014 une miséricorde rappelant fortement les miséricordes amiénoises a fait sa réapparition sur le marché de l’art, et a pu être achetée par les associations Stalles de Picardie et Misericordia International, pour être offerte au Musée de Picardie. François Séguin a présenté les résultats des analyses faites sur cette miséricorde mais également sur d’autres éléments, provenant vraisemblablement de stalles, possédés par ce musée. Ces recherches récentes permettent de situer, à Amiens ou dans les environs, la construction d’un ensemble de stalles dont les miséricordes étaient consacrées à la Passion du Christ (en tout ou partie), dans les années 1530.

Kristiane Lemé-Hébuterne a ouvert le vendredi 21 mai le colloque consacré aux stalles, en présentant à la fois l’ensemble de stalles de la cathédrale d’Amiens et les différentes communications du colloque. La présentation des stalles, rapide, a insisté sur les spécificités de l’ensemble : présence d’un programme iconographique religieux sur les jouées, mais aussi sur les miséricordes, pour la première fois en France (du-moins parmi les ensembles parvenus jusqu’au xxie siècle), importance des représentations musicales…

Les trois premières communications de la matinée, fondées sur les études des archives, se sont intéressées aux religieux et aux artisans qui ont œuvré pour les stalles. Sofiane Abdi a tout d’abord évoqué les chanoines dans leur vie quotidienne au chœur, fournissant des informations qui permettent de comprendre la vie du chapitre canonial (hiérarchie qui se reflète dans les places occupées dans les stalles, déplacements dans le chœur, etc.).

Florian Meunier a également rencontré les chanoines à travers les archives, et plus précisément dans leurs relations, parfois difficiles, avec les artisans des stalles de la cathédrale de Troyes (1525-1532). Ces stalles (trop riches selon les chanoines) ont disparu, mais ces archives permettent de suivre le déroulement du chantier de façon concrète.

Les recherches que mène Cyrille Chatellain sur les élites bourguignonnes et picardes l’incitent à accorder une large place aux commanditaires et aux artisans issus des Pays-Bas dans la construction des stalles des diocèses d’Amiens et Beauvais.

Les religieux qui prenaient place dans les stalles peuvent être approchés, outre par les textes d’archives, par des traces laissées, sans doute involontairement : Thibaut Cardon, Christine Cercy et Corinne Gardais ont participé au chantier de fouilles du couvent des Dames de l’Abbiette, Dominicaines de Lille, et ont pu retrouver environ trois cents objets qui avaient glissé sous les stalles : accessoires vestimentaires, grains de chapelet, lunettes, dés à jouer, et un certain nombre de pièces de monnaie, dont un florin d’or au Christ, frappé par l’évêché d’Utrecht et vraisemblablement porté en médaille.

Les stalles commandées par Georges Ier d’Amboise pour la chapelle du château de Gaillon, résidence des archevêques de Rouen, sont à peu près contemporaines de celles de la cathédrale d’Amiens, dont elles sont très différentes, aussi bien du point de vue du style que de l’iconographie ; ornées de panneaux de marqueterie, elles présentent cependant des points communs avec le décor de la cathédrale amiénoise : présence de sibylles, représentation de saint Jean-Baptiste, et « portrait » d’Anne de Bretagne (sur les stalles de Gaillon et sur un revers de jouée d’Amiens).

Le programme iconographique des stalles de la cathédrale amiénoise a été abordé par l’étude du panneau inférieur de la jouée de la stalle d’honneur, dite du doyen, par Charlotte Wytema : la Vierge aux quinze symboles exprime de façon synthétique le concept de l’Immaculée Conception (sa place avant la conception physique de la Vierge par Anne et Joachim ne laisse aucun doute). Cette image fait son apparition à Paris vers 1500 et se diffuse très rapidement à travers l’Europe occidentale, reprise de façon quasiment identique, bien avant l’affirmation, en 1854, du dogme de l’Immaculée Conception.

La journée du vendredi s’est terminée par deux communications portant sur l’environnement des stalles. Corinne Charles s’est intéressée aux tapisseries ou tentures qui, à l’occasion de certaines cérémonies, venaient enrichir le décor de l’intérieur des églises : peu de ces pièces ont été conservées, mais on peut encore voir le cycle des tapisseries de l’abbatiale Saint-Robert de la Chaise-Dieu, ou celui de la collégiale Notre-Dame de Beaune. Il existait aussi des tentures plus simples, de taille plus modeste, comme en témoignent les archives des Dames de l’Abbiette, évoquées précédemment par Christine Cercy.

Enfin, avec Miki Witmond, nous avons quitté les stalles, pour regarder la clôture qui ferme le chœur de l’église Saint-Gommaire d’Enkhuizen (Pays-Bas). Le décor de cette clôture, construite en 1542, sans doute par Pauwels van der Schelden, n’est pas qu’une simple ornementation mais peut être lu à trois niveaux, chaque figure devant être interprétée comme un acteur qui joue différents rôles en même temps et se situe donc en même temps dans plusieurs histoires. Ajoutons que la musique a une large place dans ce décor, par de nombreuses représentations de chanteurs et danseurs, mais aussi par la présence de l’hymne de saint Jean Baptiste, Ut queant laxis.

La matinée du samedi a été tout entière consacrée à la musique, dans ses diverses représentations sculptées. Frédéric Billiet qui, en 1982, avait étudié le concert imaginaire dans les stalles d’Amiens, a complété le corpus des instruments qu’il avait identifiés à l’époque : 54 instruments différents sont sculptés à travers les stalles amiénoises, aussi bien dans les scènes religieuses que sur les appuis-main, mais toujours de façon détaillée. De nombreux instruments sculptés dans le bois se retrouvent dans les archives amiénoises, comme la chalemie jouée par les Ménétriers amiénois, dont le magnifique costume est révélé par un appui-main.

Valérie Nunes-Le Page, chanteuse, s’intéresse évidemment aux représentations des chanteurs, chanoines, chantres dans les stalles, mais aussi sur les enluminures, où ils se tiennent dans les stalles, autour d’un lutrin mobile ou au centre du chœur.

Raffaella Bortolini a recherché particulièrement les aérophones pour lesquels elle souhaite établir une typologie. Certains sont aisément reconnaissables, comme la cornemuse, ou la flûte traversière dont la position horizontale ne laisse aucun doute. Pour d’autres, il faut veiller à la présence de certains détails : la petite fenêtre en haut de l’instrument permet de différencier la flûte à bec de la chalemie, dont l’anche, cachée par les lèvres du joueur, est rarement visible. Mais il faut tenir compte aussi des contraintes liées au support, qui obligent parfois les artisans à présenter les instruments dans une disposition peu réaliste.

Ces trois intervenants participent à la base de données Musiconis qui présente et analyse les performances musicales (musiciens, chanteurs, danseurs) figurées sur les supports médiévaux (viiie-xvie siècles). http://musiconis.huma-num.fr

À défaut de pouvoir visiter les stalles de la cathédrale, Frédéric Billiet a proposé, pour terminer ce colloque, une promenade virtuelle dans le chœur et la nef de la cathédrale d’Amiens, grâce aux enregistrements musicaux réalisés avec Stephen Murray et l’université de Columbia : http://projects.mcah.columbia.edu/amiens-arthum/presence-clergy

Ces trois journées se sont déroulées en visio-conférence, grâce aux services techniques de l’Université de Picardie Jules Verne, que nous remercions chaleureusement. Le public n’était pas absent : attentif et fourni, il a pu suivre les communications et intervenir dans les débats, posant de nombreuses questions sur les stalles et leurs occupants.

La plupart des communications prononcées lors de ces trois jours vont être mises en ligne prochainement sur le site de l’équipe de recherche TrAme de l’Université de Picardie Jules Verne. L’adresse sera bientôt indiquée sur le site de votre association !

Par ailleurs, les Actes du colloque seront publiés sous forme d’un petit ouvrage, vraisemblablement en 2022 !


Si vous souhaitez faire plus ample connaissance avec les intervenants du colloque, vous trouverez ICI quelques titres et courts résumés d’articles ou de livres qu’ils ont publiés (et que vous pouvez trouver en bibliothèque ou vous procurer en librairie). 

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